Un rêve pour le moins étrange que j’ai fait le vendredi 05 mars 2021. Je m’étais assoupi, épuisé, vers 20.30h. 

 ‘Je me balade un rien ahuri dans un curieux décor. Un dépôt ou est-ce un atelier, une imprimerie apparemment, mais c’est peut-être un garage aussi. C’est grand, très vaste, on n’en voit pas le bout. J’y rencontre un jeune homme en tablier blanc, un savant regardant à travers un télescope installé sur une table. Je lui demande ce qu’il observe. Il me regarde très sérieusement et me dit que ‘tout, absolument tout est ovale’ puis s’en va. Je poursuis ma balade puis interpèle un homme qui me semble être un responsable. Il se trouve au-dessus de moi, débout sur une espèce d’estrade en pierres. Je lui dis que je me suis perdu, que je croyais aboutir dans un centre commercial pimpant ou était-ce un édifice public très stylé, je ne sais plus. Il me dit que ‘oui, tout à changé’. Je lui demande ‘depuis quand’ et il me dit ‘depuis le 30 du mois passé’. On est le 05 mars 2021, je m’en souviens et me rends compte que c’est récent et peu vraisemblable, puisqu’il n’y a que 28 jours en février. Je suis abasourdi et regarde alentour une nouvelle fois. Je vois passer à ce moment là une jeune femme que j’ai connue il y a fort longtemps, une psychologue qui a été mon élève, une fille douce et intelligente avec laquelle j’avais été ami quelques mois durant, avant qu’on se perde de vue. Elle est pliée en deux et semble agitée d’un rire inextinguible ; elle se déplace à pas lents, encadrée par deux hommes qui la soutiennent par moments. Elle passe. Me revient alors en mémoire que je suis entré il y a quelques minutes dans la lift ample et luxueux de l’immeuble où j’habite et qu’il s’est mis à descendre en devenant, à mesure, un espèce de monte-charge délabré … Une dégringolade! Je regarde le responsable et lui dis ‘mais c’est devenu un incroyable bordel ici’! Il me regarde très sérieusement et me dit ‘eh oui, c’est ainsi’! Et je pars à mon tour dans un rire irrépressible me donnant presque des crampes au ventre, un rire parfois soutenu, parfois retenu ou hoquetant. Et j’avance seul parmi cet ensemble hétéroclite d’engins, de rayons, d’objets, croisant beaucoup de monde s’affairant à des tâches mystérieuses autant que saugrenues, tout en ne cessant pas d’être agité de cette curieuse joie tout à fait hystérique quoique bienfaisante. Je croise d’autres personnes, des hommes et des femmes, encadrées à chaque fois de deux personnes, alors que moi, je marche seul. Certaines sont raides, l’oeil hagard, d’autres tremblent de tout leur corps, d’autres encore se tiennent à peine debout, victimes qu’elles me semblent d’un burnout subit. Je re-croise la psy qui rit toujours. Moi aussi. Elle ne me regarde pas.’ 

Et c’est ainsi que je me réveille, le ventre agité des vestiges d’un rire d’avant les âges. Et je me sens bien, quoiqu’interpellé. Je n’ai jamais eu de rêve biscornu ayant éveillé en moi ce genre de réaction. Je viens d’avoir un cauchemar joyeux en quelque sorte. Et, immédiatement, me saute aux yeux la comparaison avec la mascarade qui à lieu actuellement, ce ‘changement de décor en pire’. Et je sais que ma réaction, ainsi que celle de la psychologue (je suis également psy), est la bonne ; qu’il convient d’en rire de bon coeur et sans cesse, car c’est surréaliste ; et qu’il est inutile d’essayer d’y comprendre quoi que ce soit : c’est ainsi et cela le restera le temps que durera cette farce! Et que toute rationalité qu’on tentera d’opposer à cette pataphysique (créée par Alfred Jarry, il la définit comme étant ‘la science des solutions imaginaires qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualité’) … Que toute réflexion un tant soit peu sensée est vouée à ne rencontrer que des affirmations sans rime ni raison! Et je me dis, sur ma lancée, qu’il ne vaut plus la peine, pour moi, d’analyser soigneusement les arguments qui justifient les mesures qui … Sous peine de devenir l’un de ces nombreux pataphysiciens qui s’illustrent par leurs propos et mesures biscornues ou, plutôt, de m’embourber dans le rôle de complotiste-opposant tout aussi ‘pata’ que les premiers, dont Boris Vian disait qu’ils s’appliquent volontiers à ‘penser aux choses auxquelles ils pensent que les autres ne penseront pas’. Eh oui … Si ce n’est pas une pipe, c’est quoi donc!? 

*

Je viens de finir de décrire mon rêve et les pensées qu’il a suscitées, et je crois que je m’en tiendrai à son message et à l’interprétation sommaire que je viens d’en donner. Car, en effet, j’ai vraiment tenté de comprendre rationnellement ce qui m’arrivait, ce qui nous arrivait tous, et ce qui agitait ‘ceux de là-haut’ pour nous traiter de la sorte continument. Et j’en suis venu à la conclusion inattendue qu’au stade actuel, il n’y a plus rien à comprendre ni à argumenter et que rien n’y fera. Ce qui me fait penser à la chanson Going fishing de Chris Rea (1991) … ‘Cos’ nothing I do s’gonna make the différence. So I’m going fishing. And I’m going today’. Ben oui, tant qu’à faire, autant s’occuper d’autre chose que de cette cornichonnerie peu vraisemblable aux contraintes desquelles il faudra bien finir par se soumettre … Quoique mollement mettons, en traînant des pieds, en flânant, en jouant les mauvais élèves joyeux et distraits … Hilares même par moments … S’envolant sur les ailes des oiseaux de Jacques Prévert … Je pense ici à ‘Page d’Ecriture’, dont je me permets de reproduire ci-dessous le texte in extenso, car il convient merveilleusement aux moments gendarmés que nous vivons et qui se prolongeront. Voilà comment s’y opposer!  

Page d’écriture

(in Paroles, paru aux Éditions Gallimard, 1946)

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize…

Répétez ! dit le maître

Deux et deux quatre

quatre et quatre huit

huit et huit font seize.

Mais voilà l’oiseau-lyre

qui passe dans le ciel

l’enfant le voit

l’enfant l’entend

l’enfant l’appelle :

Sauve-moi

joue avec moi

oiseau !

Alors l’oiseau descend

et joue avec l’enfant

Deux et deux quatre…

Répétez ! dit le maître

et l’enfant joue

l’oiseau joue avec lui…

Quatre et quatre huit

huit et huit font seize

et seize et seize qu’est-ce qu’ils font ?

Ils ne font rien seize et seize

et surtout pas trente-deux

de toute façon

et ils s’en vont.

Et l’enfant a caché l’oiseau

dans son pupitre

et tous les enfants

entendent sa chanson

et tous les enfants

entendent la musique

et huit et huit à leur tour s’en vont

et quatre et quatre et deux et deux

à leur tour fichent le camp

et un et un ne font ni une ni deux

un à un s’en vont également.

Et l’oiseau-lyre joue

et l’enfant chante

et le professeur crie :

Quand vous aurez fini de faire le pitre !

Mais tous les autres enfants

écoutent la musique

et les murs de la classe

s’écroulent tranquillement.

Et les vitres redeviennent sable

l’encre redevient eau

les pupitres redeviennent arbres

la craie redevient falaise

le porte-plume redevient oiseau.

La voilà, la bonne réaction à ce qu’on nous fait vivre! Et cela me fait penser à une scènette vécue pas plus tard que ce matin, vers 10 heures par là. J’arrive à mon Delhaize (supermarché belge), enfile mon masque en matière plastique me permettant d’y voir clair (je porte des lunettes qui s’embuent), couvrant l’entièreté de mon visage à partir des yeux jusqu’en-dessous du menton … Et me fais refouler par un gardien des portes qui me dit que ce genre de masque est désormais interdit au Delhaize, qu’il faut porter un masque en papier, de préférence ceux de teinte bleue. Je lui demande pourquoi et il me répond, littéralement : ‘c’est ainsi’! Peut-être, me dis-je en y repensant, est-ce cet événement inattendu qui a suscité une dizaine d’heures plus tard ma fatigue soudaine et le rêve qui s’y est invité pour me tendre ‘la clé des champs’. Et me vient simultanément la crainte que, bientôt, ce même gardien demandera le certificat de vaccination, sinon ‘pas de courses’! Eh oui, tu crèves de faim ou tu cannes! 

Et la clé que m’offre mon songe, je m’en saisis donc et déclare que cet articulet, mon 70me … et il se trouve que je viens d’avoir 70 ans  il y a quelques jours! … est le dernier que j’écris en publie sur Facebook! Oh, j’y reviendrai de temps à autre et réagirai peut-être à l’un ou l’autre post qui m’interpèle, y souhaiterai les anniversaires, mais voilà tout. Et j’aurai de quoi m’occuper, dès lors que je compte ‘déménager’ bientôt. Ben oui, changer de décor, peut-être de vie aussi … Oh oui, changer radicalement de manière d’être et de faire! Et faire mon deuil de mon passé qu’inaugure cette période rocambolesque … Qui me semble offrir quelque ressemblance à celle qu’a vécu Louis Aragon … Qui évoque lui-aussi une curieuse guerre. Je reproduis son, poème in extenso :

Est-ce ainsi que les hommes vivent? 

(Tiré du poème ‘Bierstube Magie allemande’ figurant dans le recueil ‘Le Roman Inachevé’,1956)

Tout est affaire de décor

Changer de lit changer de corps

À quoi bon puisque c’est encore

Moi qui moi-même me trahis

Moi qui me traîne et m’éparpille

Tout est affaire de décor

Et mon ombre se déshabille

Dans les bras semblables des filles

Où j’ai cru trouver un pays.

Coeur léger coeur changeant coeur lourd

Le temps de rêver est bien court

Que faut-il faire de mes nuits

Que faut-il faire de mes jours

Je n’avais amour ni demeure

Nulle part où je vive ou meure

Je passais comme la rumeur

Je m’endormais comme le bruit.

C’était un temps déraisonnable

On avait mis les morts à table

On faisait des châteaux de sable

On prenait les loups pour des chiens

Tout changeait de pôle et d’épaule

La pièce était-elle ou non drôle

Moi si j’y tenais mal mon rôle

C’était de n’y comprendre rien

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

Dans le quartier Hohenzollern

Entre La Sarre et les casernes

Comme les fleurs de la luzerne

Fleurissaient les seins de Lola

Elle avait un coeur d’hirondelle

Sur le canapé du bordel

Je venais m’allonger près d’elle

Dans les hoquets du pianola.

Le ciel était gris de nuages

Il y volait des oies sauvages

Qui criaient la mort au passage

Au-dessus des maisons des quais

Je les voyais par la fenêtre

Leur chant triste entrait dans mon être

Et je croyais y reconnaître

Du Rainer Maria Rilke.

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent.

Elle était brune elle était blanche

Ses cheveux tombaient sur ses hanches

Et la semaine et le dimanche

Elle ouvrait à tous ses bras nus

Elle avait des yeux de faÏence

Elle travaillait avec vaillance

Pour un artilleur de Mayence

Qui n’en est jamais revenu.

Il est d’autres soldats en ville

Et la nuit montent les civils

Remets du rimmel à tes cils

Lola qui t’en iras bientôt

Encore un verre de liqueur

Ce fut en avril à cinq heures

Au petit jour que dans ton coeur

Un dragon plongea son couteau

Est-ce ainsi que les hommes vivent

Et leurs baisers au loin les suivent

Comme des soleils révolus

Voilà. Bonsoir à vous tous qui avez vitupéré ‘le pouvoir’ à mes côtés. Je m’en vais en me gondolant comme un fou qui n’y a pas compris grand-chose, sauf qu’il convient d’en rire et de s’en jouer du mieux qu’il sera possible de le faire. 

Ah oui, j’oubliais … Vous pouvez trouver les 70 articulets ‘Covid’ sur mon site mantika.world à la rubrique Blog. C’est sur ce même site que je publierai éventuellement d’autres écrits qui me passeront par la tête. Vous pourrez également y découvrir des écrits antérieurs qui forment, pris ensemble, ‘une initiation à la mancie’ … Pour ceux qui s’intéressent à l’art de ‘dire la Bonne Aventure’.  Au plaisir de vous y retrouver.