Rien de tel que Wikipedia (que je remercie) pour se mettre en appétit. Ainsi, j’y trouve que ‘la mathesis’ est une interprétation orientée de l’essence du savoir en général. (…) On reconnaîtra la Mathesis là où ‘il y a projet général d’une maîtrise définitive de la compréhension de l’univers à partir d’un petit nombre de lois simples’. (…) Platon exigeait de ses étudiants : ‘Personne ne doit entrer ici, s’il n’a compris ‘la mathématique’, mathématique signifiant non la science des nombres mais la science des présuppositions fondamentales de tout savoir. (…) Toute l’histoire de la métaphysique est commandée par cette correspondance entre l’Être et la Raison jusqu’au règne contemporain de la Technique et du Nihilisme, en passant par le règne du Sujet Rationnel et de l’Humanisme. (sic)

J’ai cherché après le terme ‘mathesis’ en songeant aux graphiques et aux statistiques que l’on nous sert pour justifier entre autre notre enfermement, etc. soit ce qui constitue ‘LA’ Covid … La crise générée au départ par LE Covid, l’apparition d’un virus banal selon les uns, atypique selon d’autres, exceptionnellement dangereux selon nos autorités. Ainsi donc, je me fabrique à la va-vite une ‘mathesis’ pour m’y retrouver … Et pour vous encourager à vous y retrouver et vous inviter à m’y retrouver! (bon, c’est compliqué, mais c’est ainsi la nuit) 

Mettons qu’au départ il y a ‘le point’ unissant l’un au multiple, le Je au Nous. Il n’y a pas l’un sans l’autre, ce qui me fait songer qu’aucun ‘Petit Je’, aussi dense soit-il, ne peut se passer du ‘Grand Nous’, ni d’ailleurs le maîtriser entièrement ; tout comme ‘notre Petit Ego’ est loin de maîtriser ‘l’entièreté de notre personne’. 

Puis il y a ‘le plan’ qui est constitué d’autant de points que l’on voudra qui se trouvent enfermés dans un cadre fût-il vaste ; ils y sont ‘contenus’  (et gouvernés?) par un ‘contenant’ (un gouvernant?). Le plan est, par excellence, le monde de la graphique, de la statistique, du nombre qui se multiplie à l’infini, de l’informatique et de son aspect binaire et de la finance sur un mode actuel ou se côtoient le milliard et le mille ne manifestant aucune commune mesure. Tout s’y multiplie de manière exponentielle et irréelle autant qu’inquiétante. Cela me fait penser à la ‘société de l’image’ dont nous parlait Guy Debord, à l’écran plat de nos ordinateurs et de nos télévisions diffusant des images, aux radios émettant des voix sans présence ‘dense’. En fait, ‘le plan’ manque de ‘densité’ de volume. Nous y trouvons ‘la forme’ sans ‘le fond’ qui lui prête vie. 

Ce qui nous amène à la troisième dimension qu’est ‘le volume’ (après le point et le plan). Là, il y a de la profondeur, de la substance et un va-et-vient permanent de la forme au fond et inversement. Là, la structure qui cadre est compensée par un processus qui libère. Là on est chez Gilles Deleuze quand il nous parlait des plis et des replis, des creux dans lesquels nous vivons et sans lesquels nous ne pourrions ‘exister’ en tant qu’individus … Chacun dans son coin, quand bien même chacun de ces coins fait partie d’un grand tout. C’est là-aussi le domaine de la psychanalyse toutes tendances confondues et de la gestalt-psychologie/thérapie. Et il me semble clair que les graphes bidimensionnelles du plan ne rendent pas compte de cette ‘dynamique vitale’. 

En l’occurrence (en ces temps ‘covidiens’) ’la-haut’, ceux qui nous gouvernent par voie de statistiques et d’avis médicaux désincarnés, ne se rendent pas du tout compte de ce qu’ils  infligent au ‘terrain’ où nous nous trouvons, ni de ce qu’ils récolteront en retour, quelles que soient par ailleurs leurs ‘bonnes intentions’ (j’ai comme un doute) à notre égard. Il est à craindre que ‘le fond ne reflue’ à un moment donné et n’exhale les relents d’un grand malaise, un peu comme les égouts d’une grande ville dont on ne se serait pas occupé pendant bien trop longtemps! Et je sera clair en prétendant que ‘la police’ ne s’en occupe pas : elle sanctionne, aide à refouler, à réprimer, à ‘mettre tout à l’égout’! 

Puis il y a, pour compléter ma mathesis, la quatrième dimension (qui comprend les trois premières, le point, le plan, le volume) qu’est ‘le temps’. Mais les graphes à deux dimensions tiennent compte du temps me direz-vous. C’est exact, mais il s’agit d’un temps linéaire, structurel, sans profondeur ni processus (je l’ai déjà souligné), soit d’un temps d’horloge où chaque seconde et chaque minute, où chaque heure vaut l’autre, soit d’un temps ‘objectif’. C’est dire que le graphe se débarrasse du temps subjectif dans lequel se déroule le processus qu’est ‘la vie’. 

Cela me fait penser à Leo Ferré et à sa chanson ‘avec le temps’ … avec le temps va tout s’en va (je joins les textes des chansons que je cite in fine de cet articulet) qui manifeste le fait que si l’on ne tient pas compte de sa dimension subjective on finit par perdre l’amour. Et l’amour est, selon moi, l’expression la plus aboutie de ‘la libido’ qui traduit le ‘désir de vivre’ (Lebenstrieb) auquel s’oppose Thanatos, le désir de mourir (Todestrieb). Là on est chez Sigmund Freud qui nous dit avec grande prudence que ‘mourir’ est un ‘désir’ (Thanatos) et que, s’il l’emporte sur cet autre désir ardent qu’est la Libido (qui nous pousse à vivre), alors s’ouvre toute grande la porte menant à ‘toute la morbidité du monde’ qui se manifeste par la violence, la misère et le maladie sous toutes leurs formes (la ‘guerre’ dont nous a parlé Emmanuel Macron en début de ‘crise’) … Les génocides de toutes natures en sont la forme le plus aboutie mettons! 

Et, par ces temps incertains que nous vivons là, j’ai comme l’impression que LA Covid (la manière de gérer le situation de crise) est devenu davantage ‘thanatique’ que LE Covid … Le virus de toujours dans toute sa splendeur, un parmi des milliards d’autres, mutant joyeusement et nous effrayant par son efficacité que nous restons en mal de confronter quel que soient les mesures que nous prenons par ailleurs! Ce qui fait que ‘combattre le virus’ comme nous le faisons (je pense ici à l’affaire des vaccins supposés magiques mais qui ne le sont apparemment pas du tout) nous fera, à terme, plus de mal que le virus n’en aurait fait si nous l’avions laissé ‘accomplir son oeuvre’ … Ce qui est un comble!

Puis il y a ‘le temps qui passe’ inexorablement, cette ‘qualité’ du temps qui ne peut se mesurer en secondes, ni en minutes, en heures ou en jours. Et cela me fait penser au refrain de la chanson de Dinah Washington intitulé ‘What a différence a day makes’ qui nous parle à nouveau de le rencontre avec l’autre et du sentiment, de l’émotion qu’elle déclenche. Ce qui fait que 24 heures changent ‘une vie entière’. Et que, de la même manière, une pleine année pour des adolescents en pleine croissance et privés du contact dans ce qu’il a de présentiel, de physique avec les autres de leur âge est immonde ; ou que, pour des étudiants se lançant dans la ‘carrière universitaire en différé, par écrans plats interposés, impersonnelle au possible’, cette année là est, pour le moins, insensée  ; ou que, pour ces travailleurs.euses privés de la stimulation de leurs collègues, le temps paraît long et vide de sens ; ou que, pour ces petits commerçants et artistes (traités à la même enseigne) laissés pour compte parce que considérés comme ‘non essentiels’, ‘la mort’ est proche  … Je pense que pour eux et pour de nombreux autres, qu’ils soient actifs ou pensionnés, tout petiots ou tout vieux … Je pense donc que pour tous ceux-là, ces presque 365 petits jours de ‘retenue peu justifiée’, en tout cas décidée à la hâte et sans aucune concertation ‘avisée’ préalable ni par la suite, peuvent ‘détruire’ une existence! 

La distanciation physique n’est donc pas neutre, ni le télé-travail et le télé-enseignement. Ni d’ailleurs le port du masque qui finit par devenir une ‘masquarade morbide’. Ni la fermeture de tous les lieux conviviaux (mot qui signifie ‘vivre ensemble’) soi-disant non-essentiels (qui estime quoi?) … Je suis persuadé que ces ‘mesures’ apparemment indispensables causeront (et causes déjà) plus de dégâts que la pandémie qu’elles tentent vainement de juguler … J’insiste lourdement, je sais, il le faut parfois!

Je pense aussi aux paroles judicieuses de la merveilleuse Barbara dans le chanson ‘Dis, quand reviendras-tu?’ qui nous dit que le temps qui passe ne se rattrape guère, que le temps perdu ne se rattrape plus! Car, c’est ainsi que le temps fonctionne en toute subjectivité … Un temps qu’une horloge, fut-elle celle d’un hyper-ordinateur, ne peut pas ‘comprendre’ (dans le sens de ‘prendre en soi’) et qu’il ne peut donc pas correctement ‘put into process’ soit ‘traiter de manière adéquate’! Ainsi, un amour retardé de quelques années n’en est plus un ; des études retardées d’un an ou deux ne peuvent plus être reprises ni même entamées ; une vie professionnelle ou intime privée d’un an peut ne plus être ravaudée quoi qu’on y fasse! Et je ne parle pas des phobies, des angoisses, des dépressions et de tous leurs effets pervers qui, ‘avec le temps’, se manifesteront dans ces ‘vies amochées’, amputées … Toutes affections qui ne se guérissent que fort difficilement! Et tout cela, paradoxalement, afin de ‘sauver des vies’!

Voilà la mathesis que je vous propose ce dimanche matin en guise de sermon : le point, le plan, le volume et le temps … Question de corser votre reflexion et de prendre un rien de distance par-rapport à une réalité qui hurle de toutes parts … Pour peu qu’on ait l’oreille ouverte bien entendu! 

Puis, prenant distance par-rapport à moi-même, et me considérant à partir d’un point lointain, dans un plan curieux, sans volume et dans un non-temps (à l’intérieur d’un ordinateur mettons), je m’adresse un reproche objectif … Quelle idée, en effet, de m’éveiller en pleine nuit pour écrire cela!? 

Et j’y réponds subjectivement : ben il se trouve que ‘ça’ grattait à la porte de mon âme et voulait en sortir, qu’il y avait urgence. J’ai donc ouvert l’hus à ce qui se trouvait là, prêt à éclore, en même temps que j’ai ouvert les yeux. Puis voilà, j’ai accouché de cette bafouille que je vous livre tels les petits pains frais du dimanche matin. Vous les dégusterez à votre réveil avec un chocolat chaud. Ayez alors une pensée émue pour moi qui me serai, entretemps, rendormi. 

Je joins les textes des chansons. Allez les écouter sur Youtube. Elles rétablissent l’équilibre au creux de nos âmes. Et croyez-moi, on en a bien besoin! 

Leo Ferré

Avec le temps … Avec le temps, va, tout s’en va, on oublie le visage et l’on oublie la voix. Le coeur, quand ça bat plus, c’est pas la peine d’aller chercher plus loin, faut laisser faire et c’est très bien.

Avec le temps … Avec le temps, va, tout s’en va, l’autre qu’on adorait, qu’on cherchait sous la pluie. L’autre qu’on devinait au détour d’un regard, entre les mots, entre les lignes et sous le fard. D’un serment maquillé qui s’en va faire sa nuit. Avec le temps tout s’évanouit.

Avec le temps … Avec le temps, va, tout s’en va, même les plus chouettes souvenirs ça t’as une de ces gueules. À la Galerie je farfouille dans les rayons de la mort, le samedi soir quand la tendresse s’en va tout seule.

Avec le temps … Avec le temps, va, tout s’en va, l’autre à qui l’on croyait pour un rhume, pour un rien ; l’autre à qui l’on donnait du vent et des bijoux, pour qui l’on eût vendu son âme pour quelques sous, devant qui l’on se traînait comme traînent les chiens. Avec le temps, va, tout va bien.

Avec le temps … Avec le temps, va, tout s’en va, on oublie les passions et l’on oublie les voix qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens … Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid.

Avec le temps … Avec le temps, va, tout s’en va … Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu … Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard … Et l’on se sent tout seul peut-être mais peinard … Et l’on se sent floué par les années perdues.

Alors vraiment … Avec le temps on n’aime plus.

 

Dinah Washington (Paroliers : Adams Stanley / Grever Maria)

What a difference a day makes. Twenty-four little hours … Brought the sun and the flowers, where there used to be rain. My yesterday was blue, dear, today I’m a part of you, dear. My lonely nights are through, dear, since you said you were mine.

What a difference a day makes. There’s a rainbow before me … Skies above can’t be stormy, since that moment of bliss, that thrilling kiss. It’s heaven when you find romance on your menu.

What a difference a day made, and the difference is you.

 

Barbara (Paroliers : Barbara / Serf Monique Andree) 

Voilà combien de jours, voilà combien de nuits, voilà combien de temps que tu es reparti. Tu m’as dit cette fois, c’est le dernier voyage, pour nos coeurs déchirés, c’est le dernier naufrage. Au printemps, tu verras, je serai de retour, le printemps, c’est joli pour se parler d’amour. Nous irons voir ensemble les jardins refleuris, et déambulerons dans les rues de Paris.

Dis, quand reviendras-tu? Dis, au moins le sais-tu? … Que tout le temps qui passe, ne se rattrape guère ; que tout le temps perdu, ne se rattrape plus.

Le printemps s’est enfui depuis longtemps déjà, craquent les feuilles mortes, brûlent les feux de bois. A voir Paris si beau dans cette fin d’automne, soudain je m’alanguis, je rêve, je frissonne. Je tangue, je chavire, et comme la rengaine, je vais, je viens, je vire, je me tourne, je me traîne. Ton image me hante, je te parle tout bas, et j’ai le mal d’amour, et j’ai le mal de toi.

Dis, quand reviendras-tu? Dis, au moins le sais-tu? … Que tout le temps qui passe, ne se rattrape guère ; que tout le temps perdu, ne se rattrape plus.

J’ai beau t’aimer encore, j’ai beau t’aimer toujours, j’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour. Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir, Je ferai de nous deux mes plus beaux souvenirs. Je reprendrai la route, le monde m’émerveille, j’irai me réchauffer à un autre soleil. Je ne suis pas de celles qui meurent de chagrin, je n’ai pas la vertu des femmes de marins.

Dis, quand reviendras-tu? Dis, au moins le sais-tu? … Que tout le temps qui passe, ne se rattrape guère ; que tout le temps perdu, ne se rattrape plus.