Si maman, si …

11.00 h ce jeudi matin. Je suis en voiture, venant de Braine L’Alleud, et j’entre dans Waterloo … Et suis surpris par une impression qui m’envahit en entier : c’est l’été! ‘Tout’ (Pan) me le dit sans qu’une seule parole ne soit prononcée. Il ne fait pourtant pas très chaud, je porte un pull. Mais il est là, j’en suis sûr et certain! Il est revenu. Finie la misère!

Pour peu, je donnerai raison mon ami FB J. qui dit que tout est occupé à repartir ‘comme avant’. D’autant que je constate qu’il y a des chalands, pour moitié masqués, qui font leurs emplettes comme si de rien n’avait été … Le Monde semble s’être divisé en deux, les ‘avec’ et les ‘sans’ masques! Je compte parmi les ‘sans’ … qui ‘fait avec’ mettons! 

… Maman, si tu voyais ma vie …

Eh oui, maman, masqué par ce sentiment soudain et somptueux d’entamer ‘la belle saison’, je sens que s’avance, je le perçois dans mes tripes, ‘la crise’ annoncée depuis belle lurette mais accélérée sans doute par la pandémie, une crise de la globalisation, une remise en cause de notre mode de vie aussi. Et je ne crois pas que le COVID19 soit encore vraiment d’actualité …

… Elle devrait déjà être terminée cette crise-là selon moi, laisser sa place à l’autre. Cela m’énerve un peu trop, j’en suis conscient. Envie de dire ‘emballez, c’est pesé’ … Mais je crois que les beaux restes de la pandémie doivent encore profiter à certains, tandis que d’autres ont bien peur de faire amende honorable en avouant les gaffes qu’ils ont commises et qui laisseront des traces.

… Je pleurs comme je ris, si maman si …

Aussi, ce que je crains, maman, malgré l’été qui me remplit le coeur d’amour, c’est que les mêmes qui nous ont incarcérés bêtement ‘remettent ça’ pour d’autres motifs. Parce que la crise qui vient sera économique et sociale et qu’elle supprimera des emplois ou les rendra encore plus précaires qu’ils ne le sont déjà … S’ajoutant aux commerces en faillite par inanition provoquée indûment!  

Et aussi parce que le confinement aura plongé la moitié de la population dans ce curieux état d’âme où fleurit l’angoisse. Elle mûrira, cette angoisse, et pourra être cueillie, comme les pommes et les poires de par chez nous, une fois l’automne venue. Et cela risque de ne pas être triste, foi de psychothérapeute en retrait (pas à la retraite, loin s’en faut!).  

Et je me dis que cela ne manquera pas de soulever l’indignation populaire et de mobiliser les foules à s’exprimer. Et quoi de plus efficace qu’un ‘confinement généralisé’, quel qu’en soit le prétexte, pour l’endiguer!? … Pas besoin d’un virus pour ça, seulement un même genre de ‘peur panique de manquer à en mourir’. C’est nettement plus efficace que ‘les forces de l’ordre’! 

En même temps, je reste ‘fondamentalement’ constructif à défaut d’être optimiste, et je crois fermement qu’on s’en sortira collectivement et que c’est ‘le système’ qui s’écroulera à force d’avoir été ‘mal-mené’ par une poignée de malfrats mal-avisés. Et cela parce que je sais d’expérience que rien ne se passe jamais ‘comme pré-vu’, quel que soit l’intelligence ou le machiavélisme de ceux qui l’ont ourdi. 

Et qu’il y a des trous dans tous les gruyères qu’on nous sert, des plis et des replis inattendus, là où ne passent pas les drones ou les rayons 5G, où il y aura moyen de s’abriter, serrés les uns contre les autres, en attendant que passe l’orage. Tout ça quoi! … Mais qu’il s’agira de bien s’accrocher, de ‘tenir le coup et le cap’ et d’y croire, ça oui! 

Voilà maman, ce qu’il en est d’un Monde que tu as quitté!

Vous aurez sans doute reconnu les petits bouts de textes entre les paragraphes. Ils sont extraits de la chanson ‘Si Maman Si’, écrite en 1977 par feu Michel Berger et interprétée de manière émouvante par sa compagne feu France Gall. Elle se termine sur une petite note amère que je fais mienne parce que c’est ainsi que ‘je me sens’ : 

… Mais mon avenir reste gris, et mon coeur aussi!

Et c’est en cela sans doute que je diffère fondamentalement de mon ami FB J. 

Puis, voilà que me reviennent les paroles d’une autre chanson du même tonneau, écrite 10 ans plus tard (en 1987) par le même Michel Berger, toujours pour sa compagne France Gall, et qui rejoint elle aussi mon émoi de ce début d’été. Les voilà :

‘Y a comme un goût amer en nous, comme un goût de poussière dans tout. Et la colère qui nous suit partout. Y a des silences qui disent beaucoup, plus que tous les mots qu’on avoue. Et toutes ces questions qui ne tiennent pas debout. Évidemment, évidemment, on danse encore sur les accords qu’on aimait tant. Évidemment, évidemment, on rit encore pour des bêtises comme des enfants … Mais pas comme avant!’

Cette chanson là s’appelle, c’est évident : ‘évidemment’! Je vous la recommande tout autant que la première citée ‘si maman si’ pour entamer l’été superbe qui nous attend. Et nous souhaite à tous des tonnes de plaisir trois mois durant!