Réaction à un pavé disant : Ce serait merveilleux si le monde était contaminé d’amour, d’affection, de douceur, de tendresse, de bienveillance!

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Faudra d’abord se refaire une idée de ce que c’est que ‘l’amour’ … Et son affection, sa douceur, sa tendresse, sa bienveillance. Parce qu’il y a que l’amour n’est pas ‘que’ ça’. Il est également et souvent passion, jalousie, souffrance, douleur et destruction!

Et il conviendra également de le délier de la sexualité qui l’accompagne mais en le serrant de bien trop près depuis plus d’un siècle (Michel Foucault nous le dit). Selon les grecs anciens, l’amour est quelque chose d’enfantin ou d’adolescent, Eros en atteste (bébé joufflu ou adolescent), un élan pur au départ : être en présence de l’être aimé, se savoir aimé de lui.d’elle, le.la courtiser, le.la fréquenter … Et non pas pénétrer ou être pénétré!

Car l’amour, considéré sous son aspect sexuel, est un drame. Et cela parce qu’il faut être deux pour le vivre et que l’amour doit venir des deux parties à la fois pour qu’il s’accomplisse bellement. Et tel n’est pas toujours le cas, loin s’en faut! Quand une des deux parties du couple aime plus que l’autre, il y a ‘usure’ de la relation dans la mesure où l’un des deux y trouve plus d’intérêt que l’autre. Eh oui. Et des usuriers.ières en amour, Dieu sait s’il y en a!

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Eros, toujours selon Hésiode, est ce dieu des origines qui ‘colle’ ensemble ce qui est dépareillé, le Ciel (Ouranos) et la Terre (Gaïa) par exemple ; il est ainsi ce qui permet que surgisse ‘le Monde’. Pour Freud, Eros est ‘libido’, ce qui incite à vivre et qui s’oppose à Thanatos qui nous fait désirer la mort. L’amour est donc partout où il y a ‘la vie’ ; il est ce qui vit et croît, décroît et meurt … Thanatos surgissant à l’aide d’Eros quand ‘rien ne va plus’ et que ‘les jeux sont faits’!

Une relation amoureuse devrait répondre à la question : veux-tu ‘vivre’ à mes côtés, ‘avec moi’, ‘partager ma vie’. Et n’est-ce pas ce qui se dit à l’occasion des ‘voeux de mariage’? Il y est même précisé ‘pour le meilleur et pour le pire’. C’est dire si ce que je raconte ici est attesté depuis belle lurette ; d’autres que moi l’avaient très bien compris il y a fort longtemps déjà.

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Puis, comme l’amour est ‘ce qui colle’, il nous colle à bien d’autres ‘choses’ qu’à un.e compagne.compagnon de vie ou de jeu. Il nous réunit à notre lieu naturel et culturel de vie et à ceux qui le partagent et le cultivent en notre compagnie … Les êtres minéraux, végétaux, animaux et humains qui s’y trouvent et nous permettent d’y subvenir à nos besoins et d’y combler nos désirs, les us et coutumes qui y sont règles et lois, le langage qui y est utilisé … Et jusqu’aux microbes, bactéries et virus qui le colonisent et nous aiment à leur façon, on vient d’en prendre rudement conscience!

L’amour est donc ce qui nous relie les uns aux autres. Et, quand l’autre ne veut pas se lier à nous ou nous rend la tâche difficile voire impossible, la passion s’en mêle et dérape parfois à devenir de la haine … Qui n’est toujours qu’une exigence amoureuse en situation de rupture. C’est dire combien ‘le lien’ est indispensable à ‘la vie’ individuelle et collective, les deux! Sans lui, sans libido, sans amour … Qu’est-ce que ‘vivre’ veut dire? … Ce qui me fait songer à la chanson de Jacques Brel in l’Homme de la Mancha. Eh oui, il avait tout compris, le Grand Jacques!