Je l’avais prédit, pressenti. Cela m’est apparu clairement depuis lundi le 04. J’étais en contact avec deux ‘bonnes’ amies que je connais depuis des années. Je leur ai fait la même proposition, qu’on se rencontre quelques heures pour papoter. L’une m’a reçu. On s’est donné la bise, puis on s’est installé dans son living (à plus d’un mètre cinquante l’un de l’autre) et on a causé, rigolé, bu un café puis un autre, et notre entrevue, qui devait durer deux heures, en a duré quatre! Quant à l’autre? Elle m’a envoyé un message vocal par retour de mail disant à peu près ceci : ‘Raymond, tu ne te rends pas compte du risque que tu nous fais courir à tous deux en me proposant une entrevue. Quel âge as-tu donc pour me faire ce genre de proposition (j’ai 69 ans, elle 64)!? On se verra quand ce sera permis dans un bon resto.’

L’une a agi à mon égard comme une ‘Enfant Libre’ (je fais référence aux ‘Etats du Moi’ de l’Analyse Transactionnelle d’Eric Berne), l’autre comme un ‘Parent Normatif’ (une instance que nous possédons tous). La première m’a accueilli et on s’est amusé sans contrainte de part et d’autre ; l’autre m’a ‘gourmandé’, m’a ’contrôlé’ en quelque sorte, ouvrant la porte à ce que j’avais craint … A une société où, non seulement les autorités nous ‘gèreraient’ comme autant d’enfants ou d’irresponsables sous tutelle, mais également à une société où nous nous contrôlerons les uns les autres. Ce qui fait que l’ennemi ne sera pas uniquement là-haut, mais également à nos côtés, voire dans notre dos! 

Oh, l’attitude de ‘la seconde’ n’aura aucune conséquence, je la connais! Mais de là à envoyer mon mail ‘en annexe’ au commissariat  de mon lieu de résidence, en demandant qu’on me surveille davantage ‘pour mon bien’, il n’y a qu’un grand pas qu’elle et bien d’autres franchiront, pour peu que l’autorité de tutelle les y encourage dûment. Bref, elle deviendra ‘somebody that I used to know’ comme le disait la chanson (Gotye, 2011), une ex-amie que je rangerai dans la case des ‘faux amis’ (selon Wikipedia, que je remercie : des mots appartenant à deux langues différentes et qui ont entre eux une grande similitude de forme mais dont les significations sont différentes). 

Puis il y en aura une masse ‘d’entre deux’, ceux qui resteront imprévisibles, qui cafteront ou pas lorsqu’une règle sera enfreinte par un de leurs amis. Mettons que je préfère éviter ces faux jetons-là également. Ce qui laisse un.e ami.e sur trois à peu près, ce qui réduit le champ de l’intimité d’autant. Or, l’intimité, selon le même Eric Berne (le ‘père’ de l’analyse Transactionnelle), est essentielle à notre ‘plein épanouissement’ physique autant que mental. Ceci pour dire dans quel Monde on est rendu post-confinement. Un monde de méfiance … Se fier à qui? Dans quelle mesure? Tout se dire ou en garder une bonne part sous le coude, dans le coeur, à l’abri!?

Bon, on n’en est pas encore là et c’est tout bête comme exemple, je m’en rends bien compte. Et je généralise certainement, du moins je l’espère vivement. Mais mon intuition me dit … ‘Pas tellement Raymond, sois attentif, ça se passe devant tes yeux … Et la tension nerveuse que tu sens bruire en toi depuis un bon mois t’y préparait’. Et c’est vrai que la réaction de ma fausse-amie m’a étrangement calmé, comme si ce que je craignais et qui était une virtualité que je ne pouvais combattre d’aucune manière, devenait ‘une chose bien réelle’ qui me faisait face et à laquelle je pouvais m’opposer concrètement. 

Voilà ce ce qui me fait dire que ‘la guerre a commencé’, celle menée par ‘ceux du haut’ contre nous, ‘là en-bas’, autant que celle entre co-latéraux. Et que cette guerre mondiale, la troisième, ne cessera pas de sitôt. Elle nous transformera psychologiquement ; on y apprendra sans doute à vivre en apnée affective, ce qui nous durcira les uns vis-à-vis des autres. Et c’est dire qu’aux caméras à reconnaissance faciale, à la 5G permettant le repérage spatial exact, au puçage généralisé éventuel (pour monitorer notre santé, bien évidemment), il conviendra d’ajouter une ribambelle de faux-ami.e.s dont il faudra se méfier et dont certain.e.s feront peut-être même partie de nos ‘intimes’. Ah la là!