Le deux mai c’est la fête de mon nom de famille (De Mey). Je chôme cette journée depuis plus de trente ans déjà. Mais c’est également la fête aux ‘deux mais’ que je m’octroie : le ‘oui mais’ et le ‘non mais’. C’est la possibilité que je me donne d’être d’accord ou pas, pour peu que cela soit ‘à mes conditions’ ; c’est une balustrade souvent, placée devant le précipice que forment certaines décisions existentielles prises à mon insu par d’autres que moi, mais qui me concernant pourtant. 

Et c’est bien là, accroché des deux mains à une balustrade et contemplant un précipice dont je n’aperçois pas le fond, que vous me retrouvez installé devant mon ordinateur, à l’affût de tout complément d’information quant à ce qui nous arrive tous et quant à ce qui nous attend. D’autres ont sauté, sont tombés, je ne les vois plus. Certains se maintiennent apparemment dans le vide et je me dis que ce n’est qu’une question de temps, qu’eux aussi chuteront. 

Moi, je reste là, en attente. Et pourtant, j’ai pris la décision de me ‘déconfiner’ dès aujourd’hui, du moins mentalement. Mettons que, ‘pour jouer le jeu’, ce sera après-demain lundi, le quatre mai, que je me (re)lancerai ‘physiquement’ dans le Monde … Un ‘confinement à rallonges’ me paraissant insensé, ne serait-ce que pour conserver ma santé mentale, affective et sociale dont dépend largement ma ‘bonne’ santé physique. D’ailleurs si, parmi les millions de virus il y en a un très méchant qui rode alentour, ‘mon organisme comme-un-tout’ a besoin de toutes ses facultés et ressources pour y faire front! 

Voilà un de ces ‘oui mais’ que j’oppose aux ukases du type : restes confiné sauf si tu travailles! Et encore, si tu es actif ‘dans un domaine d’utilité publique’ tels que les glaciers, les Drive In de MacDo, ou les Brico et Garden Center de Carrefour. Il y de quoi frémir, non, même si on y croit à fond en ‘l’Etat qui nous protège, nous guide et nous aide’. Quant au ‘non mais’, il serait alors le début d’une phrase d’opposition disant : ’Vous me prenez vraiment pour un con!?’ D’autant que j’ai la peu flatteuse impression que tel est effectivement le cas. J’en rougis pour mon pays dont les dirigeants, comme ceux de France d’ailleurs, ont accumulé les mauvaises décisions! 

Je m’explique. ’On’ aurait pu faire appel à notre intelligence, à notre sens civique, mais ‘on’ a préféré actionner la mollette de la peur et on y tourne encore, d’arrière en avant. Le belge est peu fiable, comme un enfant un peu bête qui s’est mis dans de beaux draps : le voilà infecté par sa propre faute! Il est, en tout cas, beaucoup plus con que le hollandais ou le suédois. Heureusement qu’ ‘on’ est là pour corriger ce désobéissant marmot et pour (ne pas) lui fournir tout ce qu’il faut pour se protéger! … ‘Nous’ qui (ne) savons (pas) vraiment ce qu’est ce virus qui mute sans cesse et qui (ne) savons (pas) comment y faire face! 

Mais j’avais oublié que nos dirigeants n’ont plus besoin de nous, leur peuple, pour justifier leur présence ; c’est ‘par la grâce de Dieu’ (entre autre, celle de leur parti, mettons) qu’ils ont été parachutés là où ils se trouvent, en attendant leur strapontin ou leur fauteuil à la CE. Et c’est nous leur boulet! Si on n’était pas là, ils auraient vraiment la belle vie face à leur tableau de bord réunissant dix millions de loupiotes arborant toutes les couleurs de l’arc en ciel et signalant les excès de fièvre par-ci, de tension par-là, de radicalisation religieuse ou autre dans ‘les quartiers’, de mal-pensance parmi la poignée d’intellectuels honnêtes qui vivotent dans leur coin, etc. … L’appât du gain et tout ce qui le favorise étant toléré, car néolibéral bon teint! 

Eh oui, ‘ils’ attendent que la 5G soit installée partout et le tableau sera complet. C’est pour très bientôt! En plus que quelques milliers de drones qui ne tarderont pas à venir pour leur faciliter la tâche … Le repérage de chacun en temps réel, la reconnaissance faciale, et d’autres bricoles remplissant à merveille leur fonction … Et, enfin, ’la paix’ sera rétablie en leurs contrées! Il s’agira ensuite de veiller à engager à tour de bras des policiers et des surveillants de tous poils, question de mater tout esprit retors, et voilà le travail! 

Alors ‘ils’ pourra enfin, tels de bons technocrates, des ingénieurs sociaux (non, pas des politiciens, c’était leur ancien nom qu’ils récusent à présent), gérer rationnellement ces machines-outils plus ou moins vivantes et créatives par le truchement d’habiles ‘mécanismes sociaux’ pour les amener à remplir les fonctions qui leur auront été désignées, plutôt que d’avoir recours aux mécanismes démocratiques qui sont obsolètes depuis quelques décennies déjà. C’est en tout cas ce que je crois que certains pensent tout bas! 

‘Mais, mais mais’ me dis-je alors, me rabrouant en prenant l’accent bruxellois, c’est pas pour demain la veille qu’on sera tous rendus là où ils le veulent. D’autant que, comme ‘ils’ nous l’ont bien fait comprendre, ‘le belge moyen’ (que je suis) est beaucoup trop bête pour ça!